Trek dans le Vercors : gestion de l’eau & de la nourriture

Retrouvez le retour d'expérience de Nicolas Cassier lors de sa traversée du Vercors par les crètes en autonomie totale (110 km, 6700 m D+).

Le Vercors est un massif sans compromis. Des plateaux calcaires brûlés par le soleil, des crêtes qui n’en finissent pas, des lapiaz où la moindre erreur se paye cher… et surtout une eau si rare qu’elle devient vite une obsession.

NDLR : les lapiaz sont des formations calcaires crevassées résultant de l’érosion, qui peuvent entraîner une entorse ou une chute en cas d’inattention.

L’alimentation dans le Vercors, le choix du cold soaking

Le choix a été rapidement posé :

  • Pas de tente
  • Pas de réchaud
  • Pas de matelas gonflable
  • Zéro réapprovisionnement, zéro refuge, zéro restaurant
coucher de soleil vercors

Juste l’indispensable pour avancer vite, dormir correctement… et manger suffisamment.

Le vrai casse-tête, c’était la nourriture : quatre jours d’autonomie pour moins de 1,8 kg. Impossible d’emporter des conserves, trop lourdes. Un réchaud, du gaz et des lyophilisés ? Tentant pour le confort, mais le combo réchaud + popote + combustible pèse vite lourd, surtout si l’on doit aussi porter beaucoup d’eau.

J’ai donc pris un parti assez radical en emportant uniquement des aliments secs prêts à consommer (viande séchée, barres et purées énergétiques) ainsi que des biscuits de survie Convar-7.

J’ai choisi la répétition : même menu tous les jours. Moins de prise de tête, plus de simplicité. Sur une journée, cela donnait :

Ça ne faisait pas rêver comme des pâtes carbonara lyophilisées. Mais sur le terrain, le résultat était là. Ça m’apportait une énergie stable, pas de grosse fringale, aucune sensation de "lourdeur" digestive et pas de temps perdu à cuisiner ou faire la vaisselle.

Combien de calories par jour prévoir pour une traversée du Vercors ?

Sur ce type d’itinéraire, entre 25 et 35 km par jour et un bon paquet de dénivelé, on brûle aisément plus de 3000 kcal par jour, voire plus selon le gabarit, la vitesse et la météo (chaleur, vent).

Mon objectif n’était pas de “matcher” exactement cette dépense, mais de rester dans une zone confortable, sans déficit massif. Je consommais environ 2500–3000 kcal/jour et ai privilégié un maximum de calories par gramme (densité énergétique) ainsi que des aliments faciles à manger même quand on est fatigué ou un peu écœuré par le sec.

Pour un lecteur qui prépare sa propre traversée, quelques repères utiles :

  • Visez minimum 2500 kcal/jour si vous marchez fort, avec un sac chargé
  • Privilégiez les aliments à forte densité énergétique : 400–500 kcal/100 g ou plus
  • Limitez les aliments volumineux mais peu caloriques (biscuits light, fruits frais, pain en grande quantité, etc.)

L’eau, nerf de la guerre lors d’une randonnée dans Vercors

On ne parle pas du Vercors comme d’un massif “sec” par hasard. Le calcaire avale l’eau, les sources sont rares et souvent saisonnières. C’est un désert karstique suspendu au-dessus des vallées. Sur certains tronçons, j’ai porté jusqu’à 4,6 L d’eau.

Oui, ça pèse. Mais dans le Vercors, tu as plus de chance de regretter un litre d’eau en moins qu’un kilo de matériel en plus.

Pour cela, quelques principes qui m’ont guidé. Voici comment s’est déroulée ma préparation :

  • Préparation en amont :
    • Repérer les points d’eau potentiels (bergeries, sources, cabanes, fontaines en bordure de plateau) grâce à ce site qui les répertorie
    • Consulter des retours récents si possible (conditions très variables selon la saison) de la part des randonneurs que je croise
  • Accepter de porter lourd par moments :
    • Mieux vaut 2 kg d’eau de trop que d’en manquer
  • Surveiller sa consommation :
    • Boire régulièrement
    • Mais garder en tête la distance au prochain point sûr

Et si on veut (quand même) manger chaud ?

Mon choix sur cette traversée a été de renoncer au réchaud. Mais ce n’est pas la seule bonne option, loin de là. Pour certains profils, emmener un petit réchaud et des repas lyophilisés peut être un meilleur compromis. 

Si vous partez plus longtemps que 4 jours, si vous savez que le froid et la fatigue vous cassent le moral, si vous marchez moins vite, avec plus de temps dédié aux bivouacs… alors un système léger (réchaud gaz ou alcool, popote titane, cuillère, briquet) + repas lyophilisés peut être un investissement rentable en moral pour un surpoids relativement limité.

Les lyophilisés ont plusieurs avantages : excellente densité calorique, plats normaux (pâtes, riz, viande, curry, etc.), sensation de “vrai repas” en montagne ou encore richesse nutritionnelle.

Le poids est à peu près équivalent que des rations de survie et des snacks (hors matériel de cuisson), mais avec plus de variété, plus de volume et l’obligation de trouver ou porter l’eau nécessaire à la réhydratation. 

En résumé :

  • Option sans réchaud : simplicité maximale, gain de temps, gain de poids, moins de volume, mais confort limité.
  • Option avec réchaud + lyophilisés : un peu plus lourd et plus volumineux, gestion de l’eau plus fine, mais plus réconfortant le soir au bivouac.

Le Vercors, école de résilience

Ce retour d’expérience n’est pas une vérité absolue, mais une base de travail. À toi de l’adapter à ta morphologie (besoins énergétiques différents), à ta saison (été caniculaire vs automne frais), à ton style de progression (trail/rando rapide vs marche plus tranquille) ou même à ton rapport au confort (repas chaud indispensable ou non).

Cette traversée m’a appris que la performance naît aussi de la simplicité. Moins de poids, c’est plus de liberté. Une nutrition optimisée, c’est moins de stress. Et une préparation rigoureuse, c’est une confiance inébranlable.

Le minimalisme n’est pas une privation mais une libération. Un bon burger à l’arrivée est l’opportunité de se rappeler que l’histoire ne serait pas aussi intense sans les aventures qui la nourrisse.

Par Nicolas Cassier , coach mental et haute performance

Site : capdrus.fr / Instagram : @capdrus